La relation HPI / TDAH : c’est compliqué !
Quand l’intelligence masque les difficultés

TDAH ? Moi ? Non, je ne perds jamais mes clés !
Lorsque j’échange avec des adultes HPI, le sujet du TDAH revient de plus en plus souvent. J’ai d’abord cru à un effet de mode. En outre, je ne connaissais à peu près rien du TDAH, j’en étais restée à la caricature de la personne distraite et désorganisée. Petit à petit, j’ai pris conscience que le TDAH était bien plus complexe et paradoxal que cette image réductrice et je me suis donc intéressée de plus près au sujet. J’ai appris à mieux le comprendre à la fois par des recherches et par le partage d’expérience de plusieurs de mes coachés HPI et TDAH.
Plusieurs informations m’ont interpellée :
- Le TDAH semble plus fréquent chez les HPI que dans la population générale, même si l’ampleur exacte de cette association reste discutée et que ses mécanismes sont encore mal compris.
- Les diagnostics de TDAH chez les HPI sont souvent tardifs, vers l’âge de 45-50 ans.
- Le HPI et le TDAH peuvent se masquer mutuellement : un TDAH cause parfois une sous-performance à un bilan cognitif tandis qu’à l’inverse un haut QI peut cacher un TDAH par des stratégies d’adaptation.
Ces deux derniers points vont de paire : le TDAH n’est repéré que très tardivement chez le HPI parce que la personne a su déployer des trucs et astuces pour compenser ses troubles de l’attention.
Le diagnostic d’un TDAH chez ces personnes entraîne souvent bien des objections du type « pourtant, je ne perds jamais mes clés », « je suis toujours à l’heure et on me reconnaît mon sens de l’organisation », en bref, je ne ressemble pas à l’image que l’on se fait d’une personne souffrant d’un TDAH.
En réalité, ces personnes sont devenues expertes en stratégies de masquage (pour reprendre la terminologie anglaise de masking) ou compensation. Le TDAH est bien présent, mais il est devenu invisible.
Le coût caché de la compensation
J’ai récemment découvert un document rédigé par la psychologue américaine Lindsey Mackereth, qui recense quarante comportements fréquemment observés chez des adultes présentant un TDAH et ayant développé, au fil des années, des stratégies destinées à masquer leurs difficultés. L’auteure précise qu’il ne s’agit pas d’un outil diagnostique, mais d’une synthèse issue de son expérience clinique.
En lisant cette liste (*), je me suis rendue compte qu’elle ne décrivait pas des personnes désorganisées ou incapables de faire face aux exigences du quotidien. Bien au contraire. Elle décrit des personnes qui compensent et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à de nombreux HPI que j’accompagne. Par exemple :
vous ne perdez jamais vos affaires... parce que vous répétez inlassablement « téléphone, portefeuille, clés » avant de sortir de chez vous.
Vous n’oubliez aucun rendez-vous... parce que vous avez programmé quatre alarmes différentes.
Vous arrivez systématiquement avec vingt minutes d’avance... parce que l’idée d’être en retard vous est insupportable.
Vous prenez énormément de notes en réunion... parce que c’est le moyen que vous avez trouvé de rester concentré.
Vous construisez des systèmes d’organisation incroyablement sophistiqués... qui demandent parfois davantage d’énergie que le travail lui-même.
Les HPI disposent souvent d’une remarquable capacité à construire des stratégies cognitives complexes. Ils analysent rapidement leurs erreurs, identifient ce qui fonctionne et mettent en place des systèmes très élaborés pour éviter que les difficultés ne se reproduisent.
Or cette capacité de compensation peut parfois devenir un piège : De l’extérieur, chacun voit une personne performante, organisée et fiable. Ce qui reste invisible, c’est l’effort permanent nécessaire pour maintenir cette image. À force de réussir à compenser, on finit parfois par convaincre tout le monde, y compris soi-même, que tout va bien.
J’ai traduit cette liste de 40 items. Je réserve habituellement ces contenus à mes abonnés payants, mais j’ai préféré en faire profiter le plus grand nombre. Vous pouvez donc la télécharger ci-dessous :
Ce que dit aujourd’hui la recherche
Pendant longtemps, on a imaginé que le haut potentiel intellectuel protégeait, d’une certaine manière, contre le TDAH. Les travaux les plus récents invitent à nuancer fortement cette idée.
Une revue systématique publiée en 2023, qui a analysé les études portant sur les personnes présentant à la fois un Haut Potentiel Intellectuel (ils partent d’un QI de 115, ce qui est relativement bas par rapport au 130 généralement pris en compte) et un TDAH, conclut que ces deux caractéristiques peuvent tout à fait coexister. Les auteurs soulignent même qu’un niveau intellectuel élevé peut permettre de développer des stratégies de compensation suffisamment efficaces pour retarder le diagnostic, parfois de plusieurs décennies.
Autrement dit, le haut potentiel peut masquer certaines manifestations du TDAH.
Les chercheurs insistent également sur un autre point : ces personnes sont souvent identifiées tardivement, notamment lorsque les stratégies de compensation s’avèrent insuffisantes pour faire face à certaines étapes de la vie comme le début des études supérieures, la prise de responsabilités professionnelles, la parentalité ou encore la multiplication des sollicitations.
Précaution importante
Pour autant, il serait erroné de considérer que chacun de ces quarante comportements constitue un signe de TDAH. Certaines stratégies sont d’ailleurs largement partagées par des personnes perfectionnistes, anxieuses ou simplement très organisées.
À l’inverse, plusieurs éléments figurant dans cette liste, comme la sensibilité au rejet ou certaines formes de perfectionnisme, ne font pas partie des critères diagnostiques du DSM-5-TR. Ils correspondent à des observations cliniques fréquemment rapportées, mais qui ne disposent pas aujourd’hui du même niveau de validation scientifique que les critères diagnostiques officiels.
Cette liste ne permet donc pas de poser un diagnostic.
En revanche, elle peut inviter à se poser une question que je trouve particulièrement intéressante : Lorsque vous êtes très organisé, très prévoyant ou très rigoureux, est-ce parce que cela vous vient naturellement... ou parce que vous avez appris, depuis des années, à construire un ensemble de stratégies destinées à compenser des difficultés invisibles ?
La réponse n’est pas toujours évidente.
Et c’est peut-être précisément pour cette raison que bien des HPI ne découvrent leur TDAH qu’à l’âge adulte. Cette liste nous encourage à entamer un travail d’introspection, mais aussi à regarder autrement ces personnes que l’on admire pour leur organisation, leur anticipation ou leur rigueur. Derrière ces qualités se cachent peut-être un remarquable travail de compensation.
(*) Je dois reconnaître que je ne suis pas arrivée au bout des 40 items à la première lecture… il m’a fallu persévérer !
Qui suis-je ?
Je suis Florence Meyer, coach certifiée, auteur et membre de Mensa. J’aide les HPI et THPI à canaliser leur intensité, à révéler leur plein potentiel et à retrouver du plaisir dans leur vie professionnelle. Ce sujet vous parle ? Contactez-moi à champdupossible@gmail.com

