HPI et métier idéal
Distinguer le contenu et le contexte du poste
Dans ma veille sur le sujet du HPI, je repère un article intitulé « 26 carrières pour les neuroatypiques ». Je n’allais pas le laisser passer !
L’introduction est engageante, l’auteur se propose de recenser des métiers qui permettent de tirer parti « d’une attention non linéaire, d’un traitement sensoriel accru et de tendances à une concentration profonde ». S’ensuit une liste de fonctions regroupées par grands thèmes (métiers créatifs, métiers manuels, métiers en contact avec les animaux et la nature puis métiers de systèmes et règles).
Je trouve plutôt positif de sortir des classiques « deviens développeur ou coach », mais…
Je me demande si l’article ne passe pas à côté d’une dimension probablement aussi importante que le contenu de la fiche de poste : la culture d’entreprise.
Certes, il existe des postes plus ou moins adaptés à des personnalités neuroatypiques dont les HPI. Mais j’ai tendance à penser que des métiers qui ne seraient pas a priori identifiés comme favorables aux HPI pourraient l’être selon la manière de l’aborder.
Prenons l’exemple d’un barista chez Starbucks. Ce métier pourrait être considéré comme peu stimulant : l’activité est encadrée par des processus, les tâches sont répétitives et nécessitent peu d’engagement cognitif. Vraiment ? En réalité, un HPI pourrait y voir un beau terrain d’expérimentation pour améliorer les processus, apprendre à accueillir les clients dans une dizaine de langues étrangères. Il trouverait des stratégies pour rendre le poste intéressant au moins quelques mois (par exemple en essayant d’orthographier les prénoms correctement !). À l’inverse, un poste intellectuellement exigeant, peut rapidement devenir étouffant. J’ai vu bien des contrôleurs de gestion dépérir devant leurs fichiers Excel.
Dans les accompagnements que je mène, je m’aperçois que bien souvent, ce n’est pas le contenu du poste qui conduit à l’ennui ou à l’épuisement. Les personnes disposaient des compétences, voire des ressources, nécessaires pour réaliser leurs missions. C’est bien plutôt la culture d’entreprise, au sens des valeurs telles qu’elles sont pratiquées (à différencier donc des valeurs affichées dans le hall d’accueil en nuage de mots…), qui a mené au désengagement.
Dans un climat stimulant réellement la créativité, favorisant le droit à l’erreur dans une recherche d’innovation, autorisant de bousculer le statu quo, apportant un cadre de sécurité psychologique, je fais l’hypothèse qu’un HPI serait capable de s’épanouir indépendamment du contenu des tâches à mener.
Autrement dit, c’est autant le contexte que le contenu du poste qui importe dans l’épanouissement au travail.
Or, il est plus facile de passer en revue une fiche de poste que de sonder une culture d’entreprise. D’où le piège dans lequel il est fréquent de tomber : une fiche de poste attrayante, une bonne adéquation des compétences, un salaire dans la fourchette attendue, « je signe ! », pour parfois s’apercevoir quelques mois plus tard que la culture d’entreprise est a minima inconfortable voire franchement toxique.
Comment éviter cette situation ?
Parfois, c’est inévitable, vous n’avez pas le choix : lors des entretiens de recrutement, vous sentez bien qu’il y a quelque chose qui ne colle pas, mais vous approchez de la fin de vos indemnités et vous acceptez le poste en dépit d’un ressenti défavorable. Cette démarche est légitime, il est important d’assurer sa sécurité matérielle, mais cela nécessite de chercher à se protéger et de persévérer dans sa recherche d’emploi.
Quelques pistes d’actions :
- Écouter sa première impression en essayant de faire le tri dans ce qui pourrait relever de biais cognitifs : vous avez commencé un processus de recrutement dans un grand groupe qui vous fait rêver depuis longtemps et votre cerveau devient sourd à tous les signaux d’alerte… Essayez de prendre du recul et de revenir à votre intuition.
- S’appuyer sur ses ressentis corporels : c’est un vrai défi pour les HPI qui ne sont pas toujours à l’écoute de leur corps (je viens de publier une série d’articles sur le sujet). Une boule dans l’estomac, des démangeaisons, un sentiment diffus d’angoisse devraient vous alerter et vous inciter à en repérer la cause.
- Visiter les locaux : certes, cela ne vous parlera pas directement de la « vraie » culture d’entreprise, car une partie de ce que vous verrez relève de l’affichage, du faux semblant. En revanche, ce petit tour vous permettra peut-être de recueillir des indices sur la manière dont « ça se passe ici ».
- Poser des questions portant non plus sur le poste, mais sur la culture d’entreprise, comme :
Pouvez-vous me donner un exemple d’erreur dont l’équipe a tiré un apprentissage ?
Quel est le dernier changement important qui a été initié par un salarié ?
Qu’est-ce qui surprend généralement les nouveaux arrivants lorsqu’ils rejoignent l’entreprise ? (certaines entreprises pratiquent le “rapport d’étonnement” qui consiste à demander aux nouveaux embauchés, après quelques semaines d’expérience, ce qui les a le plus étonné dans leur nouvel environnement, pour aider à repérer ce que l’on ne voit plus).
Quels sont les profils qui réussissent le mieux ici ? Pourquoi ?
Lorsque nous sommes dans une démarche de recherche d’emploi, nous consacrons beaucoup d’énergie à analyser les missions, les compétences requises et la rémunération. C’est bien légitime, mais ces éléments sont assez peu prédictifs de notre futur épanouissement dans cette organisation.
Pour les HPI, la qualité de la culture d’entreprise est particulièrement importante, elle doit favoriser la curiosité, le questionnement, l’apprentissage et apporter de la sécurité psychologique. Dans votre lecture des offres d’emploi, ne vous demandez pas seulement si le poste vous correspond, cherchez aussi à savoir si cette organisation vous permettra d’être pleinement vous-même.
Qui suis-je ?
Je suis Florence Meyer, coach certifiée, auteur et membre de Mensa. J’aide les HPI et THPI à canaliser leur intensité, à révéler leur plein potentiel et à retrouver du plaisir dans leur vie professionnelle. Ce sujet vous parle ? Contactez-moi à champdupossible@gmail.com
Je viens de publier “Faut-il suivre sa passion ? Et si vos talents valaient mieux que vos passions ?” À commander ici.
Annonce personnelle !
Pour les membres de Mensa qui me lisent, je serai au Lud’été à Tignes début juillet. Faites-moi signe pour se rencontrer dans la vraie vie ! J’y animerai une conférence-atelier sur le thème du HPI le dimanche 5 juillet. Je vous en reparle bientôt.



